Enseignement à distance : bilan de l’enquête AEFE

vendredi 11 décembre 2020
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Compte rendu du groupe de travail avec la DEOF (Direction de l’enseignement, de l’orientation et de la formation)


Cette réunion organisée le 3 décembre portait sur la présentation des résultats des questionnaires destinés aux familles, élèves et enseignant-e-s des établissements français à l’étranger. Cette enquête à grande échelle a été lancée pour répondre au besoin d’accompagner au mieux les établissements dans cette seconde phase de la crise, en questionnant sur la période de l’enseignement à distance. 

La DEOF précise que les résultats des questionnaires n’ont pas encore été diffusés. Les chefs d’établissement une fois les résultats reçus auront la charge d’informer la communauté scolaire (dans les instances pédagogiques pour les enseignant-e-s) et de mettre en place des outils de formation en interne ou avec l’aide de l’Agence pour pallier les éventuels déficits dans tel ou tel domaine. 

43310 familles (une réponse par enfant étant possible), 23627 élèves et 6356 enseignant-e-s ont répondu aux différents questionnaires. 70% des établissements ont participé, tous statuts confondus (EGD, conventionnés et partenaires). A noter qu’aucun établissement de la MLF n’a participé en raison d’une consigne donnée par le siège de la MLF.

La DEOF note une concordance entre les réponses des enseignant-e-s et celles des élèves. En revanche, les réponses des familles sont parfois discordantes : d’autres critères ont pu intervenir dans leurs réponses (degré d’information et/ou d’implication auprès de la scolarité de leur(s) enfant(s), insatisfaction par rapport aux frais de scolarité…)

La FSU estime que certains aspects n’apparaissent pas dans les questions posées, notamment sur le ressenti face à l’enseignement à distance (EAD), sur le droit à la déconnexion, sur la difficulté d’avoir à gérer de multiples interlocuteurs par messagerie (administration mais aussi les élèves et parfois les parents !), sur le coût de l’EAD…

Matériel et outils

Les familles (93%, 92% pour les élèves) considèrent disposer massivement d’une connexion suffisante, alors que 16 % des enseignant-e-s déclarent ne pas avoir une connexion permettant l’audio et la vidéo. On se heurte là à un défi technique qui touche aussi des familles.

Concernant l’équipement informatique, les enseignant-e-s ont travaillé à 47% sur un ordinateur et à 40 % sur un smartphone. Pour les familles et les élèves, l’ordinateur représente 45% ou 50%, et le smartphone 27% ou 33%.

La FSU constate que les enseignant-e-s n’ont pas eu nécessairement à disposition un ordinateur pour l’EAD et qu’il ne s’agit pas d’un ordinateur professionnel, nécessitant ainsi d’utiliser des outils moins adéquats. Le taux d’équipement est plus élevé pour les élèves et les familles : cela montre que l’ordinateur est bien souvent familial, partagé entre les membres de la famille, et n’est donc pas un ordinateur dédié uniquement au travail scolaire (élèves/profs).

La FSU a posé la question du surcoût pour les familles et les personnels et souhaite que l’Agence réfléchisse à ce problème et puisse apporter des solutions rapidement. La DEOF répond que des solutions ont pu être proposées par les établissements : prêt de matériel ou de clé 4G, dépôt de documents dans les établissements… La FSU fait remarquer que cela n’a pas été le cas partout. Cela justifie pleinement l’extension à l’AEFE de la nouvelle prime d’équipement informatique accordée en académie. La FSU a interrogé l’Agence dans ce sens au dernier Comité technique.

Les outils utilisés sont très variés : zoom, google meet pour la visio et Pronote, drive et WhatsApp pour le partage des documents. La FSU s’inquiète de l’usage pédagogique d’outils non RGPD compatibles c’est-à-dire ne protégeant pas les données personnelles. La DEOF rappelle les préconisations pour l’EAD qui conseillent une cohérence des outils dans les équipes afin de limiter leur nombre.

La FSU rappelle sa position sur le recours excessif aux visioconférences et sur les injonctions à les mettre en place. Les personnels qui nous sollicitent témoignent que cela reste un sujet ultrasensible qui peut engendrer une réelle souffrance au travail. La DEOF répond que le vademecum et les préconisations sur l’EAD synthétisent sa position sur la question. Cette absence de prise en considération du problème par la DEOF ne répond pas aux attentes des personnels qui demandent un cadrage précis et clair. Cette question a fait partie des points de mécontentement exprimés lors de la grève du mardi 1er décembre.

Formation à l’EAD

Concernant la formation aux outils numériques, 38 % des personnels n’en ont pas reçu. C’est encore plus flagrant pour les élèves (56%) et les parents (75%). Aussi, la demande de formation reste forte chez les enseignant-e-s (55%). Pour la FSU, il est clair que cela doit être entendu par l’Agence et que les établissements et les zones doivent proposer des formations ciblées en nombre suffisant

La DEOF considère que l’effort de formation a été réel : 90 000 actions de formation ont été menées en quelques mois, sans commune mesure avec ce qui se passe en académie. 

La FSU en a profité une nouvelle fois pour dénoncer le choix de l’Agence d’organiser les formations en hybride avec un temps asynchrone sans décharge de cours : en effet, le constat étant sans appel concernant la charge de travail supplémentaire supportée par les collègues, comment l’Agence peut-elle encore vouloir ajouter du travail en plus des heures d’enseignement et de préparation ? Pour la FSU, la formation est un droit et doit être organisée sur le temps de travail.

La DEOF considère qu’il est important de poursuivre les objectifs de formation même dans un contexte contraint ; l’année blanche en formation aurait été la facilité. De plus, il ne faudrait pas laisser entendre que la formation en présentiel ne comporte pas une part de travail personnel hors du temps de présence en formation (lecture des documents, liens avec pratiques de classe..). 

Certes mais le constat reste imparable : la formation à distance, comme l’enseignement à distance, est dégradée et induit une charge supplémentaire de travail

Organisation du travail et charge de travail 

Concernant la quantité de travail, les parents et les élèves s’accordent pour dire qu’elle a été à peu près équivalente à une situation normale, qu’il s’agisse de la régularité ou de la répartition du travail : élèves comme familles (à près de 80%) les ont perçues comme autant ou plus importantes que d’habitude. 

Plus de 80% des enseignants ont proposé une répartition des travaux sur la semaine. La moitié des élèves l’ont constaté mais 40% n’ont pas vu de changement. 

Plus de la moitié des parents ont également estimé la répartition du travail de leur(s) enfant(s) équilibrée.Une répartition des résultats par niveau d’enseignement aurait peut-être permis une lecture plus fine. Dans tous les cas, on est loin du mécontentement général tant avancé par certaines associations de parents !

En revanche, pour les enseignant-e-s, la charge de travail a nettement augmenté : 70% l’ont constaté et 89% estiment que le rythme de travail est important voire plus important. Les résultats de cette enquête sont sans appel et démontrent clairement que les personnels sont sous pression. Cela confirme ce que la FSU signale depuis le début de la crise : il faut beaucoup plus de temps pour préparer et gérer un travail en EAD que son équivalent en présentiel ! 

Les élèves ont été questionnés sur leur motivation : 1 élève sur 2 l’a perdue durant l’EAD. Ils estiment qu’ils auraient été aidés à 62% par des travaux collaboratifs avec leurs camarades.

Suivi des parcours élèves et évaluations

A la question sur le retour régulier fait sur les apprentissages, 54% des familles répondent qu’il n’a pas été fait alors que 74% des élèves l’ont constaté. 90% des enseignant-e-s déclarent l’avoir proposé. Est-ce une distorsion de perception ou bien une interprétation différente du terme “régulier” et du terme “retour” ? La FSU l’avait d’ailleurs signalé lors de la réunion de présentation des items de l’enquête. La DEOF note que cet acte professionnel n’a pas la même signification pour les professeur-es et les parents. Les parents se sont certainement basés sur les retours chiffrés (évaluations).

Les formes du retour peuvent être très variées : note, explication, commentaire, correction, mail et ceci en classe entière, par groupes ou en entretien individuel. Les résultats sont très équilibrés et témoignent des différences de fonctionnement des enseignant-e-s. L’outil numérique a certainement permis plus de travail individualisé (soutien, accompagnement, petit groupe, individuel) qu’à la normale. 

Les formes d’évaluation sont aussi très variées : textes (26%), QCM (23%), fichiers vidéo et audio (26%), entretien oral (17 %). 

Pour la FSU, il est clair que la liberté pédagogique permet à chaque enseignant de répondre comme il l’entend aux besoins des élèves. Il n’est donc absolument pas souhaitable de prescrire des méthodes ou des outils uniformisés pour ces retours.

Concernant l’accompagnement des élèves à besoins particuliers (EBEP), la DEOF estime que le suivi est perfectible. Les établissements ont fait leur possible dans l’urgence mais dans un premier temps, les ASH ont disparu du paysage. On atteint là les limites de l’EAD qui n’est pas adapté ni facilement adaptable aux EBEP, d’où le creusement des inégalités constaté dans le réseau comme en France. La DEOF travaille sur la mise en place d’une formation pour l’école inclusive dans les établissements de l’étranger.

Communication au sein de la communauté éducative

Interrogés sur la tenue des instances, 1 enseignant sur 6 ne sait pas, 7% disent non. ¼ des collègues indique qu’il n’y a pas eu de réflexion collective sur l’EAD ou ne pas le savoir - ce qui est loin d’être anecdotique. Pour la FSU, ces chiffres interrogent, et peuvent traduire un manque d’information, l’absence de tenue des instances, en tout cas une lacune dans le fonctionnement des instances représentatives (Conseil d’établissement, CHS-CT, conseil pédagogique, conseil du 1er degré) et dans la communication interne des établissements. La FSU a souvent déploré qu’elles n’aient pas été systématiquement réunies, et parfois lorsqu’elles l’ont été, elles n’ont pas été un lieu de débat ouvert et construit, avec concertation des collègues en amont et en aval. La FSU est intervenue auprès de l’AEFE à chaque fois qu’une section nous avait signalé ces difficultés. 

A cet égard, les réponses des familles sont également inquiétantes : la moitié ignore si les instances se sont réunies et si l’EAD a fait l’objet d’une réflexion collective, et lorsque cela a été le cas, les ⅔ déplorent qu’il n’y ait pas eu de bilan d’étape. L’enquête fait remonter que 63% des des enseignant·e·s (62 % des élèves) font état de la mise en place d’un emploi du temps synchrone/asynchrone, contre seulement 53% des parents.

A nos yeux, ces distorsions et cette absence d’information montrent une forme d’échec dans le dialogue avec les familles. Une information mieux partagée aurait assurément aidé les familles à comprendre ce qui était mis en place, à saisir les logiques pédagogiques différentes entre synchrone et asynchrone et à les accepter sans exercer de pressions sur les enseignant-es, au sujet des visios par exemple. Pour la FSU, les établissements doivent impérativement prendre le temps d’informer les parents afin de les préparer aux modalités de l’EAD.

Tous ces éléments traduisent aussi une défaillance de la démocratie scolaire. Il y a là une réflexion à mener, à l’échelle de chaque établissement mais aussi à celle du réseau, pour faire vivre les instances, s’en emparer, en faire des lieux de débats réels et non les lieux où le chef d’établissement se contente de faire part des décisions qu’il a prises seul. Cela vaut particulièrement pour tous les aspects pédagogiques, ainsi il convient de mieux penser collectivement les modalités pratiques de l’EAD.

Les pistes proposées par la FSU :

  • La DEOF doit veiller à ce que ses préconisations et ses analyses soient mieux diffusées et parviennent aux enseignants. Avec les IEN et les IA-IPR spécialistes de la pédagogie, elle peut apporter une réelle expertise, à même d’éclairer les débats et les décisions dans chaque établissement. Elle doit donner des éléments de réflexion que les équipes pourront ensuite analyser et utiliser s’ils le souhaitent : le suivi des élèves, leur motivation, la planification du travail, le nombre d’heures de visio...
  • L’AEFE doit inciter à faire vivre les instances pour qu’elles deviennent le lieu d’un dialogue régulier entre les acteurs.
  • Les établissements doivent muscler leur communication interne et externe : à destination des équipes pédagogiques et des familles par la direction. Celle-ci doit aussi veiller à rappeler leur rôle d’information et de consultation aux représentants élus (parents, élèves). Pour ce qui concerne les représentants des personnels, les syndicats de la FSU y veillent déjà. 

Langue française et pratique de l’oral

Concernant la dimension orale et la pratique de la langue française dans le cadre de l’EAD, 78% des enseignants disent y avoir porté une attention particulière, de manière concertée impliquant plusieurs disciplines, et privilégiant diverses mises en situation (exposés, présentations, débats, lectures, compréhension d’un document audio ou vidéo…). Les parents semblent avoir moins perçu la dimension orale de l’EAD (42% n’ont pas vu les temps de communication orale entre élèves et professeurs). Une fois de plus, une distorsion des résultats est notable entre parents et enseignants. 

La FSU rappelle qu’ enseigner est un vrai métier et que ses modalités peuvent échapper à un certain nombre de parents d’élèves…